Pourquoi je commence par le numérique

La liberté précède la matière.

Une question m’a accompagné pendant longtemps : comment travailler libre ?

Pas seulement libre dans le choix de ce que je fais — ça, je l’avais. Libre dans l’endroit où je peux le faire. Libre dans le moment où je peux le faire. Libre des contraintes qu’un certain modèle de l’art impose à ceux qui s’y engagent : un atelier fixe, une réserve de matière, une géographie qui dicte l’agenda.

La liberté avant l’atelier.

Quand on décide de créer quelque chose qui demande des années — la pierre ne se taille pas en deux semaines, l’encre se prépare lentement, le bonsaï grandit à son rythme — on peut se retrouver enchaîné à un lieu sans même s’en rendre compte. L’atelier devient un piège silencieux. La matière devient un bagage qu’on ne peut pas porter. La création se met à dépendre d’une géographie qui finit par dicter le reste.

Je ne voulais pas de cette dépendance. Pas tout de suite, en tout cas. J’avais besoin d’une voie qui me laisse explorer sans me clouer.

Une intuition est devenue un mouvement.

L’intuition est arrivée avant la décision. C’est souvent comme ça : on sait quelque chose avant de pouvoir l’expliquer.

Le numérique pouvait être autre chose qu’un raccourci. Il pouvait être une vraie pratique — exigeante, longue, contemplative — à condition de ne pas le laisser devenir une production rapide. À condition de le tenir au même degré d’attention que la pierre ou l’encre.

J’ai posé l’intuition. Puis j’ai posé l’action. Et la ligne entre les deux s’est faite courte. Une marque s’est levée à partir de ce qui n’était au départ qu’un soupçon de possibilité.

Travailler n’importe où, n’importe quand.

Aujourd’hui, je peux travailler depuis un train, depuis une chambre d’amis, depuis un café au bord d’une route, depuis chez moi à trois heures du matin. La création numérique se moque de l’heure et du lieu. Elle demande seulement une attention — celle-là, je peux la porter avec moi.

Cette mobilité change quelque chose de profond. Je ne suis plus en attente d’un moment où tout sera prêt pour créer. Le moment, c’est maintenant. Et le lieu, c’est où je suis.

C’est aussi une forme de respect du temps qui passe. Une saison ne se fait pas répéter. Un voyage non plus. Si quelque chose me traverse à un moment précis, je peux travailler avec ce qui me traverse, là où je suis. Pas demain, à l’atelier, quand l’élan sera reparti.

Un tremplin pour l’imaginaire.

On me demande parfois si le numérique est un médium moins noble que la pierre ou l’encre. La question m’amuse parce qu’elle suppose une hiérarchie là où je ne vois qu’une parité.

Le numérique a pour moi une force que les autres médiums n’ont pas : il propulse l’imaginaire dans des territoires que la matière physique met longtemps à atteindre. Une image numérique peut faire ce qu’une pierre ne pourra jamais — superposer des temps, des échelles, des passages qui n’existent pas ensemble dans le monde matériel.

Ce n’est pas un raccourci. C’est une autre voie. Une voie qui complète les autres mouvements d’Aza, sans les remplacer. La pierre dira ce que l’image ne pourra jamais dire. L’encre tracera ce que ni la pierre ni l’image ne peuvent retenir. Et l’image, elle, atteint ce que ni la pierre ni l’encre ne savent toucher.

Trois langues, à parité. Et la première qui m’a permis de travailler libre.

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Aza

Je m’appelle Sébastien, créateur de la marque Aza. J’ai souhaité créer cette marque afin de pouvoir exprimer dans la matière mes émotions et mes questions liées à l’existence dans ce monde.

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