Le sceau qui me rappelle
Pourquoi ce signe-là, et pas un autre.
À chaque fois que je termine une œuvre, je l’appose. Un petit sceau de bois, encré de cinabre rouge, que je presse contre le papier ou la matière. Le geste prend une seconde. Mais ce qui se passe à l’intérieur de moi pendant cette seconde dure beaucoup plus longtemps.
Ce sceau n’est pas une signature. C’est un rappel.
Une tradition orientale.
Le sceau d’artiste vient d’Asie. En Chine et au Japon, les peintres et les calligraphes ont posé pendant des siècles ce qu’on appelle un hanko — un petit cylindre de bois ou de pierre, gravé d’un motif personnel, encré dans un pigment rouge profond, et apposé en bas du travail. Le hanko n’est pas une marque commerciale. C’est l’engagement de l’artiste envers ce qu’il a fait — un acte de présence.
Quand j’ai commencé à penser à la signature de mes œuvres, c’est cette tradition qui m’a accompagné. Non par appropriation — je m’en inspire de l’extérieur, en lecteur qui marche autour. Mais parce que ce qu’elle propose me parlait : un objet, et pas un nom écrit. Un geste, et pas une signature manuscrite.
Pourquoi un sceau, pas une signature.
Une signature manuscrite porte mon nom. Un sceau porte un signe choisi. Et ce signe peut faire bien plus qu’identifier — il peut me ramener à quelque chose à chaque apposition.
C’est ce que je voulais. Pas un nom posé pour dire « c’est de moi ». Un signe posé pour me rappeler, dans le même geste, pourquoi je fais.
J’ai donc cherché ce signe pendant des mois. Et je l’ai trouvé là où je ne l’attendais pas — dans la lecture de mon thème natal, faite par un astrologue spécialisé en Jyotish (l’astrologie védique). Une leçon est sortie de cette lecture, claire, qui m’a donné le cap de ce que je veux faire dans cette vie. Cette leçon, elle reste à l’intérieur. Mais le sceau, lui, est sa forme visible.
Ce que porte le motif.
Le motif gravé est un arbre. Pas n’importe quel arbre — celui dont j’ai déjà parlé dans ce Journal : l’Ashvattha, l’arbre cosmique dont les racines sont en haut et les branches en bas. Au-dessus, un cercle qui représente la source. À la racine principale, le glyphe de Jupiter — la planète qui, dans la tradition Jyotish, porte la sagesse et le service. Sur les côtés, deux autres glyphes — Vénus et Mercure — la beauté qui se rend visible et la transmission qui se rend juste. Et tout en bas, un fruit qui tombe.
Le tout est contenu dans un cercle. Le cercle dit : tout est lié. L’arbre, à l’intérieur, dit : mais quelque chose descend, quelque chose passe, quelque chose se donne.
Ce motif, je n’ai pas eu à l’inventer. Je l’ai découvert en explorant ce que ma lecture m’avait montré, et en cherchant comment le rendre visible. Il a fini par se composer presque sans moi.
Je ne suis pas l’arbre, je suis la sève.
Voici ce que ce sceau me rappelle, à chaque apposition.
Je ne suis pas l’arbre. L’arbre, c’est le mouvement plus grand qui descend de la source vers les œuvres. Moi, je suis la sève — celle qui circule dans le tronc, qui ne retient pas pour elle ce qui la traverse, qui n’est rien sans la source au-dessus, et qui n’est rien non plus sans le fruit qui finira par tomber.
Quand j’appose le sceau, je me remémore cela. Ce que je viens de faire ne m’appartient pas tout à fait. Je l’ai laissé passer par moi. C’est ma sensibilité, mon vécu, ma main qui a tenu — mais la source était au-dessus, et le fruit, maintenant, va vers le monde sans moi.
C’est aussi ce que veut dire le mot Aza, en amazigh : l’homme libre. Libre de quoi ? Libre de ne pas retenir. Libre de servir sans réclamer le crédit. Libre de continuer à circuler.
Le sceau actuel est en bois. Un autre, plus tard, sera gravé dans une pierre — un Lapis-Lazuli veiné de pyrite dorée, où le bleu de la source et l’or de la sève seront déjà là, dans la matière elle-même. Mais ça, c’est pour quand le moment sera juste.
Pour l’instant, le bois et le cinabre suffisent. Et chaque fois que je presse, je me souviens.
Le Journal d’Aza s’écrit lentement, à mesure que les choses mûrissent. Pour ne pas en manquer les pas, la newsletter les porte sans bruit.